Une écriture de génie

Une écriture de génie

Publié le 8 juin 2026

Une écriture de génie

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Jusqu’à récemment, un bon film devait susciter chez le spectateur une capacité à voir sa réflexion évoluer entre les non-dits et les détails imperceptibles.

La première fois que j’ai regardé Usual Suspects, je l’ai immédiatement visionné une deuxième fois intégralement en disposant de la clé de lecture dévoilée dans les dernières secondes du film.

C’est la marque d’une écriture de génie.

Dans les films d’aujourd’hui, hélas, tout est pré-mâché.

L’intrigue n’est plus suggérée, elle est verbalisée.

Non seulement elle est verbalisée, mais elle est répétée.

Deux fois, trois fois, parfois quatre fois.

Pour être bien sûr que le spectateur aie compris.

Pourquoi ?

Parce qu’aujourd’hui, 90% des utilisateurs de Netflix regardent un film tout en continuant de regarder autre chose sur leur téléphone.

En moyenne, par accumulation de micro-visionnages, seuls 60% du film sont réellement regardés.

Alors les scénaristes doivent sacrifier la qualité de l’écriture sur l’autel de la rétention d’attention du spectateur.

Adieu la suggestion, il faut être explicite.

Ne plus compter sur les émotions, les images, ou les silences pour lui parler intérieurement. Une conversation avec une copine sur WhatsApp, la lecture distraite d’un rapport professionnel, ou un scrolling lobotomisant sur Instagram aura subtilisé au cerveau sa capacité à créer les connexions synaptiques nécessaires à l’expérience cinématographique.

Tant pis pour l’art : nous laisserons donc des daubes à la postérité.

Il y a un enseignement à tirer de cet état de fait.

Ce qui est en train de se perdre dans le cinéma contemporain affecte l’ensemble de notre qualité d’attention. Cette attention fragmentée, dispersée, saturée de sollicitations concurrentes, ne reste pas confinée à l’écran. Elle finit par façonner notre manière d’être au monde, d’écouter, de comprendre, et même de croire.

Or l’Évangile, lui, ne se donne jamais dans la saturation : Jésus parle en paraboles, c’est-à-dire en récits qui demandent d’être reçus, médités, parfois relus intérieurement. Il ne force pas la compréhension par la répétition immédiate, mais par l’appel à une écoute profonde : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende. »

Cette exigence porte quelque chose de radicalement opposé à l’économie de l’attention moderne. Là où tout est expliqué, surligné, martelé, la Parole de Dieu suppose un cœur disponible, capable de silence, de lenteur, de maturation.

La foi chrétienne invite alors à une forme de reconquête : celle de l’attention comme acte spirituel.

Elle nous pousse à regarder sans détourner les yeux. A méditer, mâchouiller, maturer, sans exiger immédiatement d’explications complémentaires.

Dieu ne change pas de langage.

Nous, en revanche, avons perdu la patience de l’entendre.

Je t’invite à éteindre ton écran une minute.

Et à lui demander maintenant ce qu’il veut t’enseigner aujourd’hui.

Աստված օրհնի քեզ – Asdvadz orhni kéz – Que Dieu te bénisse

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